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Article AUTONOME (Décret n° 2020-50 du 27 janvier 2020 portant publication des mesures 1 à 8 (2016) relatives aux zones spécialement protégées de l'Antarctique, adoptées à Santiago le 1er juin 2016, lors de la XXXIXe réunion consultative du traité sur l'Antarctique (RCTA) (1))

Article AUTONOME (Décret n° 2020-50 du 27 janvier 2020 portant publication des mesures 1 à 8 (2016) relatives aux zones spécialement protégées de l'Antarctique, adoptées à Santiago le 1er juin 2016, lors de la XXXIXe réunion consultative du traité sur l'Antarctique (RCTA) (1))

ANNEXE 1
FAITS À L'APPUI

La péninsule Byers donne lieu depuis des années à de nombreuses recherches scientifiques. Un grand nombre des publications qui en découlent sont énumérées dans Banayas et al, 2013 ; de nombreux autres articles ont cependant été publiés depuis.
Climat
Aucune donnée d'archives détaillée sur la météorologie antérieure à 2001 n'est disponible pour la péninsule Byers, mais le climat est jugé semblable à celui de la Base Juan Carlos I, péninsule Hurd (enregistré depuis 1988). Les conditions de la péninsule indiquent une température moyenne annuelle inférieure à 0º C, avec des températures négatives pendant au moins plusieurs mois chaque hiver et un taux de précipitation relativement élevé à environ 800 mm par an, dont la plus grande partie intervient sous forme de pluie en été (Ellis-Evans 1996, Bañón et al, 2013). La péninsule est enneigée la plus grande partie de l'année, mais la neige a généralement fondu à la fin de l'été. La péninsule est exposée aux intempéries provenant du passage de Drake dans le nord et le nord-ouest, les directions depuis lesquelles le vent prédomine, et du détroit de Bransfield au sud. Le climat est polaire maritime, avec une humidité relative constamment élevée (environ 90 %), des cieux la plupart du temps couverts, des brumes fréquentes et des précipitations régulières. La température moyenne en été est de 1,1º C, mais elle dépasse occasionnellement 5º C. Il est arrivé exceptionnellement que la température estivale atteigne 9º C. La température minimale moyenne en été est proche de 0° C. En hiver, les températures peuvent descendre en dessous de -26º C, bien que la valeur moyenne soit de -6º C et que les températures maximales en hiver puissent avoisiner 0º C. Le rayonnement moyen en été est de 14 000 kJ/m2, et atteint 30 000 kJ/m2 les jours ensoleillés proches du solstice. Les vents sont élevés et d'une vitesse moyenne est de 24 km/h, avec des tempêtes fréquentes et des vents de plus de 140 km/h. Les vents prédominants sont ceux du S-O et du N-E.
Géologie
Le lit rocheux de la péninsule Byers se compose de roches sédimentaires marines, volcaniques et volcanoclastiques datées d'entre le Jurassique supérieur et le Crétacé inférieur, pénétrées par des corps ignés (consultez Smellie et al, 1980 ; Crame et al, 1993, Hathway et Lomas 1998). Les roches représentent une partie d'un complexe d'arc magmatique Mésozoïque-Cénozoïque qui est exposé à travers l'ensemble de la région de la péninsule antarctique, bien qu'il le soit plus principalement sur la péninsule Byers (Hathway et Lomas 1998). La région intérieure surélevée de la moitié est de la péninsule - entourée au nord et au sud de dépôts de rivage de l'Holocène - est dominée par des tufs terrestres datant du Crétacé inférieur, des brèches volcaniques, des conglomérats, du grès et des schistes boueux, avec des intrusions dans plusieurs lieux par des culots et des filons volcaniques. La moitié ouest de la péninsule et s'étendant au N-O à mi-chemin le long du promontoire Ray, compte principalement des mudstones marins datant du Jurassique supérieur-Crétacé inférieur, avec du grès et des conglomérats et de fréquentes intrusions de filons volcaniques, de culots et d'autres corps ignés. La moitié N-O du promontoire Ray inclut principalement des brèches volcaniques du même âge. Les mudstones, grès, conglomérats et roches pyroclastiques sont les lithologies les plus répandues dans la péninsule. Des étendues de graviers de plage et d'alluvions de l'Holocène se trouvent dans les zones côtières, particulièrement sur les plages South et dans la moitié est des plages Robbery, avec des dépôts moins importants sur les plages President.
La zone possède une valeur géologique importante, car " les roches sédimentaires et ignées exposées dans la péninsule Byers constituent le témoignage le plus complet de la période allant du Jurassique au début du Crétacé dans la portion nord du flanc pacifique du complexe d'arc magmatique, et elles se sont avérées être une succession capitale pour l'étude des faunes malacologiques marines (par ex. Crame 1984, 1995, Crame et Kelly 1995) et des flores terrestres (par ex. Hernandez et Azcárte 1971, Philippe et al,1995) " (Hathway et Lomas, 1998).
Géomorphologie et sols
Une grande partie du terrain se compose de lithosols, généralement une couche de roche broyée, avec du pergélisol très répandu sous une couche active de 30 à 70 cm de profondeur (Thom 1978, Ellis-Evans 1996, Serrano et al, 1996). Des champs de pierres (composées de fines boueuses avec des blocs rocheux et fragments de surface dispersés), des poches issues de la gélifluxion, un terrain polygonal (à la fois dans des zones inondées et sèches), des bandes et cercles de pierres et autres formes de terrain périglaciaires dominent la morphologie en surface des plateformes supérieures où les affleurements rocheux sont absents (Serrano et al, 1996). Des débris et coulées boueuses sont observés dans plusieurs endroits. En dessous de certaines des populations de mousses et d'herbes se trouve une couche de matière organique de 10 à 20 cm de profondeur, bien qu'il n'y ait pas d'accumulations profondes de tourbe puisque la végétation est clairsemée sur la plus grand partie de la péninsule Byers (Bonner et Smith 1985 ; Moura et al, 2012 ; Otero et al, 2013). Les sols ornithogéniques sont particulièrement présents dans le voisinage de la pointe du Diable et sur un certain nombre de pinacles le long des plages President (Ellis-Evans, 1996).
Certaines parties de l'intérieur de la péninsule ont été façonnées par les processus côtiers avec une série de plages surélevées de 3 à 54 m d'altitude, dont certaines font plus d'un kilomètre de large. Une datation au carbone 14 pour les dépôts de rivage les plus élevés suggère que la péninsule Byers était largement exempte de glace pérenne vers 9 700 ans avant le présent, tandis que les dépôts de rivage les plus bas sont datés à 300 ans avant le présent (John et Sugden, 1971, Sugden et John, 1973). Toutefois, les analyses des sédiments lacustres suggèrent une déglaciation générale plus récente de la région centrale de la péninsule Byers, datant d'environ 4 000 à 5 000 ans avant le présent (Björck et al,1991 a, b) tandis que pour d'autres, l'âge de glaciation aurait eu lieu aux alentours de 8 000-9 000 ans avant le présent (Toro et al, 2013). Dans plusieurs endroits, des ossements de baleine subfossiles sont incorporés dans les plages surélevées, parfois sous forme de squelettes entiers. Les datations au carbone 14 des éléments de squelettes à partir d'environ 10 m au-dessus du niveau de la mer sur les plages South suggèrent un âge entre 2 000 et 2 400 ans avant le présent (Hansom, 1979). Les surfaces antérieures à l'Holocène dans la péninsule Byers montrent clairement la présence d'un paysage glaciaire, malgré les formes de terrain peu accidenté. Aujourd'hui, seuls trois petits glaciers résiduels (de moins de 0,5 km2) subsistent sur le promontoire Ray. Les formes de terrain préexistantes modifiées par les glaciers ont été par la suite marquées par des processus fluviaux et périglaciaires (Martinez de Pison et al, 1996).
Cours d'eau et lacs
La péninsule Byers est sans doute le site limnologique le plus important de la région des îles Shetland du Sud et de la péninsule antarctique, avec plus de 60 lacs, de nombreux bassins d'eau douce (qui, contrairement aux lacs, gèlent sur toute leur profondeur en hiver) et un réseau hydrographique dense et varié. Le terrain peu accidenté favorise la rétention d'eau et les terres gorgées d'eau sont courantes en été. La teneur en eau des sols minces est toutefois limitée et nombre des chenaux sont fréquemment secs, avec un écoulement souvent intermittent, sauf pendant les périodes de grosse fonte de neige ou lorsqu'ils canalisent l'eau des glaciers (Lopez-Martinez et al, 1996). La plupart des cours d'eau drainent l'eau les champs de neige saisonniers et ne font souvent pas plus de 5 à 10 cm de profondeur (Ellis-Evans, 1996), bien que l'accumulation de neige dans certaines gorges étroites puisse atteindre plus de 2 m de hauteur et générer des barrières de glace qui bloquent l'effluent des lacs. Les cours d'eau plus importants font jusqu'à 4,5 km de longueur, 20 m de largeur et 30 à 50 cm de profondeur dans les tronçons inférieurs au cours des périodes d'écoulement. Les cours d'eau qui canalisent les eaux vers l'ouest comptent souvent des gorges d'un taille assez importante (Lopez-Martinez et al, 1996) et des ravines atteignant 30 m de profondeur ont été découpées dans les plate-formes marines surélevées les plus hautes et les plus larges (Ellis-Evans, 1996). Au-dessus des plages surélevées datant de l'Holocène, les vallées sont peu accidentées, avec des largeurs atteignant plusieurs centaines de mètres.
Les lacs sont particulièrement abondants sur les plates-formes supérieures (c'est-à-dire au niveau des têtes des bassins) et sur les plages surélevées datant de l'Holocène près de la côte. Le lac Midge est le plus vaste, avec une superficie de 587 × 112 m, et le plus profond, avec une profondeur maximale de 9,0 m. Les plans d'eau intérieurs sont tous pauvres en nutriments et très transparents, avec beaucoup de sédiments dans les eaux plus profondes recouverts d'un tapis dense de mousse aquatique [Drepanocladus longifolius (=D.aduncus)]. Dans certains lacs, comme le lac Chester Cone situé à environ 500 m au sud du lac Midge ou du lac Limnopolar, se trouvent des tapis de mousse aquatiques qui poussent entre un à plusieurs mètres de profondeur et qui recouvrent le fond du lac, formant l'habitat des larves Parochlus (Bonner et Smith, 1985).
De grandes masses de cette mousse sont parfois emportées par la mer le long du littoral. Les lacs sont généralement gelés jusqu'à 1,0 à 1,5 m de profondeur pendant 9 à 11 mois de l'année et recouverts de neige, bien que les surfaces de certains des lacs les plus élevés restent gelées tout au long de l'année (Ellis-Evans, 1996, Lopez-Martinez et al, 1996). Sur les hauteurs du plateau central, beaucoup de petits cours d'eau peu profonds coulent lentement entre les lacs et se déversent sur de vastes zones planes de lithosols saturés recouverts de tapis épais de cyanobactéries de Phormidium sp. et de Leptolyngbya spp. Ces tapis sont les plus étalés parmi tous les autres sites maritimes de l'Antarctique décrits à ce jour et reflètent la géomorphologie unique et les précipitations annuelles relativement importantes de la zone. Avec la fonte des glaces au printemps, il se produit beaucoup de déversements dans la plupart des lacs, mais les écoulements depuis de nombreux lacs peuvent cesser vers la fin de la saison tandis que la fonte saisonnière des glaces décroît. (Rochera et al, 2010). La plupart des lacs contiennent des crustacés tels que les copépodes Boeckella poppei et le chirocéphale Branchinecta gainii. Certains des cours d'eau contiennent également d'importantes colonies d'algues vertes filamenteuses et de cyanobactéries, ainsi que des diatomées et des copépodes (Kopalova et Van de Vijver, 2013). Un certain nombre de lacs relativement salins d'origine lagunaire sont situés près de la côte, en particulier sur les plages President. Les lacs très riches en matières organiques servent de mottureaux aux éléphants de mer du sud (Mirounga leonina). Ces lacs et bassins côtiers peu profonds situés derrière la première plage surélevée contiennent souvent des tapis d'algues et des crustacés, parmi lesquels les copépodes B. poppei et Parabroteas sorsi, et occasionnellement le chirocéphale Br. gainii. Certains de ces plans d'eau présente une riche biodiversité, avec des espèces de diatomées (Van der Vijver, 2009), d'oligochètes (Rodriguez et Rico, 2009) et de protozoaires ciliés (Petz et al, 2008) nouvellement décrites.
Végétation
Bien qu'une grande partie de la péninsule Byers manque de végétation abondante, particulièrement à l'intérieur des terres (consultez Lindsay, 1971), le recours à la technologie satellite montre que la zone comprend 8,1 km2 de végétation verte (p. ex. plantes vasculaires, algues, et quelques espèces de mousse) représentant plus de 50 % de la végétation verte protégée dans l'ensemble des ZSPA terrestres (Hughes et al, 2015) (consultez http://www.add.scar.org/aspa_vegetation_pilot.jsp). Ces communautés souvent éparses sont caractérisées par une flore diverse, avec au moins 56 espèces de lichen, 29 de mousses, 5 d'hépatiques et 2 de phanérogames identifiées à ce jour dans la zone (Vera et al, 2013). De nombreux lichens et mousses non identifiés ont également été collectés. Cela suggère que la zone contient l'une des représentations de flore terrestre les plus diverses connues dans l'Antarctique maritime. Un certain nombre d'espèces sont rares dans cette partie de l'Antarctique maritime. C'est par exemple le cas des bryophytes suivantes : Anthelia juratzkana, Brachythecium austroglareosum, Chorisodontium aciphyllum, Ditrichum hyalinum, Herzogobryum teres, Hypnum revolutum, Notoligotrichum trichodon, Pachyglossa dissitifolia, Platydictya jungermannioides, Sanionia cf. plicata, Schistidium occultum, Syntrichia filaris et Syntrichia saxicola sont considérées comme étant rares. La concentration la plus méridionale de A. juratzkana, D. hyalinum, N. trichodon et S. plicata se trouve dans la péninsule Byers. Parmi la flore de lichens, Himantormia lugubris, Ochrolechia parella, Peltigera didactyla et Pleopsidium chlorophanum sont considérés comme rares.
Le développement de la végétation est bien plus important sur la côte sud que sur la côte nord. Sur les plages surélevées plus hautes et plus sèches dans le sud, on trouve fréquemment un peuplement ouvert dominé par le Polytrichastrum alpinum (=Polytrichum alpinum), Polytrichum piliferum (=Polytrichum antarcticum), P. juniperinum, Ceratodon purpureus; la mousse Pohlia nutans et plusieurs lichens crustacés y sont fréquents. De vastes peuplements de mousses sont présents à proximité des plages President et South, où des congères s'accumulent fréquemment à la base des pentes qui s'élèvent derrière les plages surélevées, fournissant une importante source d'eau de fonte des glaces en été. Les peuplements de mousses sont principalement dominés par Sanionia uncinata (=Drepanocladus uncinatus), qui forme localement des tapis continus de plusieurs hectares. La composition de la végétation est plus diverse que sur les zones plus élevées et plus sèches. A l'intérieur des terres, les lits humides des vallées abritent des peuplements de Brachythecium austrosalebrosum, Campylium polygamum, Sanionia uncinata, Warnstorfia laculosa (=Calliergidium austrostramineum), et de W. sarmentosa (=Calliergon sarmentosum). A l'inverse, les tapis de mousses sont quasi inexistants sur une distance de 250 m à partir de la côte nord, remplacés par des colonies de Sanionia de faible dimension dans les creux entre les plages surélevées jusqu'à 12 m d'altitude. Des lichens, principalement du type Acarospora, Buellia, Caloplaca, Verrucaria et Xanthoria, sont présents sur les crêtes inférieures des plages surélevées (2 à 5 m), avec Sphaerophorus, Stereocaulon et Usnea devenant les lichens prédominants à mesure que l'altitude croît (Lindsay, 1971).
Sur des pentes de cendre où l'eau est mieux évacuée, Bryum spp., Dicranoweisia spp., Ditrichum spp., Pohlia spp., Schistidium spp., et Tortula spp. sont courants sous forme de coussins et tourbes isolés avec divers hépatiques, lichens (notamment le Placopsis contortuplicata rose et foliacé noir Leptogium puberulum), et la cyanobactérie Nostoc commune. P. contortuplicata est présente à l'intérieur des terres et dans les habitats des hauteurs où l'azote est rare et elle est typique du substrat avec un certain degré de perturbation, comme la solifluxion ; elle est souvent la seule plante à coloniser les petits fragments rocheux, les bandes de pierres et les polygones gonflés par le gel (Lindsay, 1971). On la trouve généralement isolée et très occasionnellement avec des espèces d'Andreaea et d'Usnea. N. commune couvre de vastes zones saturées planes ou légèrement inclinées de blocs d'argile graveleuse depuis des altitudes entre 60 à 150 m, formant des rosettes discrètes d'environ 5 cm de diamètre espacées de 10 à 20 cm (Lindsay, 1971). Des coussins épars quasi sphériques d'Andreaea, Dicranoweisia, et Ditrichum se trouvent sur les sols les plus secs. Dans les zones humides influencées par les oiseaux et les phoques, l'algue verte foliacée Prasiola crispa est parfois abondante.
Les surfaces rocheuses sur la péninsule Byers sont principalement friables, mais localement colonisées par des lichens, notamment près de la côte. Les culots volcaniques se composent de roche plus dure et plus stable et sont couverts de lichens denses et de mousses occasionnelles. Le culot d'usnée est remarquable par sa croissance luxuriante de Himantormia lugubris et d'Usnea aurantiaco-atra (=U. fasciata). De manière plus générale, H. lugubris et U. aurantiaco-atra sont les espèces dominantes de lichens sur le relief exposé de l'intérieur des terres, poussant avec la mousse Andreaea gainii sur la majeure partie de la roche exposée, couvrant jusqu'à 80 % du substratum (Lindsay, 1971). Dans les poches non exposées qui abritent de petites accumulations de sol minéral, les hépatiques Barbilophozia hatcheri et Cephaloziella varians (= C. exiliflora) sont fréquentes, mais plus souvent mêlées à des coussins de Bryum, de Ceratodon, de Dicranoweisia, de Pohlia, de Sanionia, de Schistidium et de Tortula. La Sanionia et la Warnstorfia forment de petits peuplements, éventuellement liés à l'absence de vastes étendues de neige et associés aux écoulements de la fonte des glaces. Le Polytrichastrum alpinum forme de petits coussins discrets dans des creux, mais dans des conditions favorables, il peut fusionner avec les coussins d'Andreaea gainii (Lindsay, 1971).
Les lichens crustacés sont principalement représentés par les espèces de Buellia, Lecanora, Lecedella, Lecidea, Placopsis et Rhizocarpon qui poussent sur la roche, avec les espèces de Cladonia et Stereocaulon poussant sur les mousses, particulièrement l'Andreaea (Lindsay, 1971). Sur la côte sud, les tapis de mousse sont communément colonisés par des lichens épiphytes, comme le Leptogium puberulum, le Peltigera rufescens, le Psoroma spp., ainsi que le Coclocaulon aculeata et le C. epiphorella. Sur les falaises maritimes, le Caloplaca et le Verrucaria spp. dominent sur les surfaces inférieures exposées à l'embrun salé jusqu'à environ 5 m, avec des espèces nitrophiles comme le Caloplaca regalis, l'Haematomma erythromma,et le Xanthoria elegans souvent dominantes à des altitudes supérieures où les oiseaux de mer font fréquemment leurs nids. Ailleurs sur les surfaces de falaises sèches, un peuplement de lichens crustacés Ramalina terebrata est courant. Divers lichens ornithocoprophiles, comme le Catillaria corymbosa, le Lecania brialmontii et les espèces de Buellia, de Haematomma, Lecanora et de Physcia se trouvent sur les roches à proximité de concentration d'oiseaux en phase de reproduction, ainsi que les lichens foliacés Mastodia tessellata, Xanthoria elegans et X. candelaria qui sont généralement dominants sur les blocs rocheux secs.
L'agrostis scabre de l'Antarctique (Deschampsia antarctica) est commune à plusieurs endroits, principalement sur la côte sud, et forme occasionnellement des peuplements de graminées fermés (par ex. sur la colline Sealer) ; la sagine antarctique (Colobanthus quitensis) est parfois associée. Les deux plantes sont relativement abondantes dans les ravines du sud avec une pente raide exposée au nord, formant de vastes peuplements occasionnellement purs d'épais tapis de Brachythecium et de Sanionia, bien qu'on les trouve rarement au-dessus de 50 m d'altitude (Lindsay, 1971). Un peuplement ouvert se composant principalement de Deschampsia et de Polytrichum piliferum s'étend sur plusieurs kilomètres sur les plages surélevées sablonneuses sèches de South. Une herbe dont la forme de croissance est inhabituelle, formant des buttes isolées de 25 cm de haut et jusqu'à 2 m d'envergure, est présente sur la plage près de la colline Sealer. Deschampsia a été trouvé uniquement à un endroit de la côte nord (pointe Lair), où il forme de petites mèches rabougries (Lindsay, 1971).
Invertébrés
La faune micro-invertébrée sur la péninsule Byers qui a été décrite à ce jour comprend (Usher et Edwards 1986, Richard et al,1994, Block et Stary 1996, Convey et al,1996, Rodriguez et Rico, 2008) six collemboles (Cryptopygus antarcticus, Cryptopygus badasa, Friesea grisea, Friesea woyciechowskii, Isotoma (Folsomotoma) octooculata (=Parisotoma octooculata) et Tullbergia mixta; un mesostigmata (Gamasellus racovitzai), cinq cryptostigmata (Alaskozetes antarcticus, Edwardzetes dentifer, Globoppia loxolineata (=Oppia loxolineata), Halozetes belgicae et Magellozetes antarcticus) ; dix prostigmata (Bakerdania antarcticus, Ereynetes macquariensis, Eupodes minutus, Eupodes parvus grahamensis, Nanorchestes berryi, Nanorchestes nivalis, Pretriophtydeus tilbrooki, Rhagidia gerlachei, Rhagidia leechi, et Stereotydeus villosus) ; deux diptères (Belgica antarctica et Parochlus steinenii), et deux oligochètes (Lumbricillus healyae et Lumbricillus sp.), un copépode (Boeckella poppei), un crustacé (Branchinecta gainii) et un type de cladocères (Macrothrix ciliate).
Des larves de chironomide sans ailes Belgica antarctica sont présentes en nombre limité dans la mousse humide, en particulier sur les tapis de Sanionia, bien que leur répartition soit très restreinte sur la péninsule Byers (elles se trouvent surtout près de Cerro Negro) et puisse se rapprocher de sa limite géographique septentrionale. Le chironomide ailé Parochlus steinenii et ses larves résident sur les bords des lacs et bassins à l'intérieur, notamment le lac Midge et un autre près du culot d'usnée, et se trouvent également parmi les pierres de nombreux lits de cours d'eau (Bonner et Smith, 1985, Richard et al, 1994, Ellis-Evans, communication personnelle, 1999, Rico et al,2013). Par temps calme et chaud, il est possible de voir des essaims d'adultes au-dessus des bords de lacs.
La diversité du peuplement d'arthropodes décrite dans la péninsule Byers est plus importante que dans tout autre site antarctique documenté (Convey et al, 1996). Diverses études (Usher et Edwards 1986, Richard et a., 1994, Convey et al,1996) ont démontré que la composition de la population d'arthropodes sur la péninsule Byers varie considérablement avec l'habitat sur une petite zone. Le Tullbergia mixta a été observé en nombres relativement importants ; sa répartition dans l'Antarctique semble limitée aux îles Shetland du Sud (Usher et Edwards, 1986). Localement, la plus grande diversité est sans doute observée dans les communautés dominées par des coussins de mousses comme l'Andreaea spp. (Usher et Edwards, 1986). D'autres prélèvements sont nécessaires pour établir les populations et les diversités avec une plus grande fiabilité. Si de nouveaux prélèvements sur d'autres sites pourront encore révéler que les communautés décrites sur la péninsule Byers sont communes dans des habitats similaires dans la région, les données disponibles sur la microfaune confirment l'importance biologique de la zone.
Microorganismes
Une analyse d'échantillons de sol recueillis dans la péninsule Byers a révélé la présence de plusieurs champignons nématophages : dans le sol colonisé par le Deschampsia, l'Acrostalagmus goniodes, l'A. obovatus, le Cephalosporium balanoides et le Dactylaria gracilis ont été trouvés, tandis que des Cephalosporium balanoides et du Dactylella gephyropaga ont été trouvés dans le sol dominé par le Colobanthus (Gray et Smith, 1984). Le basidiomycète Omphalina antarctica est souvent abondant sur les peuplements humides de la mousse Sanionia uncinata (Bonner et Smith, 1985). Trente-sept taxons de nématodes ont été répertoriés, leurs échantillons révélant une grande diversité de richesse et d'abondance, faisant de la péninsule Byers un haut lieu de la biodiversité (Nielsen et al, 2011).
Certains des plans d'eau présentent une grande biodiversité microbienne (Velazquez et al, 2010 ; Villaescusa et al, 2010) qui inclut la plus grande diversité génétique virale trouvée dans les lacs antarctiques (López-Bueno et al, 2009)
Oiseaux reproducteurs
L'avifaune de la péninsule Byers est diverse, bien que les colonies en phase de reproduction ne soient généralement pas de grande taille. Deux espèces de manchots, le manchot à jugulaire (Pygoscelis antarctica) et le manchot papou (P. papua), se reproduisent dans la zone.
La reproduction des manchots Adélie (P. adeliae) n'a pas été observée sur la péninsule Byers ou sur ses îlots au large. Dans les îles Shetlands du Sud, les manchots Adélie ne se reproduisent que sur l'île du Roi-George, où les populations sont en déclin (Carlini et al, 2009).
La principale colonie de manchots à jugulaire se trouve à la pointe du Diable, où elle a été estimée à environ 3 000 couples en 1987 ; un décompte plus précis a été effectué en 1965, indiquant environ 5 300 couples répartis en quatre colonies distinctes, dont presque 95 % établissaient leurs nids sur l'île Demon, à 100 m au sud de la pointe du Diable (Croxall et Kirkwood, 1979 ; Woehler, 1993). Deux colonies d'environ 25 couples de manchots à jugulaire entourées par une colonie de manchots papous se trouvent sur les plages President à proximité de la pointe du Diable (Barbosa et al., 2013). De petites colonies de manchots à jugulaire ont été observées sur la côte nord, par ex. sur les plages Robbery (50 couples en 1958 ; Woehler, 1993), mais aucun couple en phase de reproduction n'y a été signalé lors d'une étude datant de 1987. Dans d'autres lieux, la pointe Lair contenait 156 couples en 1966, un chiffre tombé à 25 couples en 1987 (Woehler, 1993). Lors d'une récente visite dans la région (janvier 2009), 20 couples ont été comptés (Barbosa, communication personnelle).
Les manchots papous se reproduisent sur plusieurs colonies sur la pointe du Diable, avec approximativement 750 couples enregistrés en 1965 (Croxall et Kirkwood, 1979, Woehler, 1993). Actuellement, trois colonies s'y trouvent, pour un total d'environ 3 000 couples (Barbosa, communication personnelle). Sur la côte nord, une roquerie de trois colonies cumulant 900 couples se trouve sur les plages Robbery (Woehler, 1993). Lors d'une visite sur la Pointe Lair en janvier 2009, environ 1 200 couples ont été recensés. Woehler (1993) ne donne aucune donnée sur les manchots papous à cet endroit.
Des estimations récentes de la taille de la population pour certaines espèces d'oiseaux volants ont été obtenues suite à une étude menée en décembre 2008 et en janvier 2009 (Gil-Delgado et al, 2010). La population de sternes antarctiques (Sterna vittata) a été estimée à 1 873 couples en phase de reproduction. Deux cent trente-huit couples de pétrels géants (Macronectes giganticus) et 15 couples de grands labbes (Catharacta lonnbergi) établissement leurs nids localement. Une étude détaillée d'autres oiseaux en phase de reproduction a été menée en 1965 (White, 1965). L'espèce en phase de reproduction la plus présente qui a été enregistrée à l'époque, avec environ 1 760 couples, était la sterne antarctique (Sterna vittata), suivie de 1 315 couples d'océanites de Wilson (Oceanites oceanicus), approximativement 570 couples de damiers du Cap (Daption capense), 449 couples de goélands dominicains (Larus dominicanus), 216 couples de pétrels géants, 95 couples d'océanites à ventre noir (Fregetta tropica), 47 couples de cormorans impériaux (Phalacrocorax atriceps) (y compris sur les îlots côtiers), 39 couples de grands labbes et 3 couples de becsen-fourreaux (Chionis alba). Par ailleurs, des petits prions (Pachytilla sp.) et des pétrels des neiges (Pagodroma nivea) ont été aperçus sur la péninsule, mais leur reproduction n'y a pas été confirmée. Le recensement d'oiseaux fouisseurs et d'oiseaux qui établissent leurs nids dans les pierriers est considéré sous-estimé (White, communication personnelle, 1999). La majorité des oiseaux établissent leurs nids à proximité de la côte, principalement à l'ouest et au sud.
Récemment, des échassiers errants, probablement des bécasseaux à croupion blanc (Calidris fuscicollis) ont été fréquemment aperçus se nourrissant dans certains cours d'eau des plages du sud (Quesada, communication personnelle, 2009).
Mammifères en phase de reproduction
De grands groupes d'éléphants de mer du sud (Mirounga leonina) se reproduisent sur la côte de la péninsule Byers, avec un total de plus de 2 500 individus observés sur les plages South (Torres et al, 1981) ce qui en fait l'une des plus grandes populations de cette espèce observées dans les îles Shetland du Sud. Une estimation effectuée en 2008-2009 a indiqué une population comptant entre 4 700 et 6 300 individus (Gil-Delgado et al, 2013). Ils se réunissent en grand nombre dans les mottureaux et le long des plages en été. Des phoques de Weddell (Leptonychotes weddellii), des phoques crabiers (Lobodon carcinophagous) et des léopards de mer (Hydrurga leptonyx) sont parfois observés aux alentours du littoral. Autrefois, les otaries à fourrure de l'Antarctique (Arctocephalus gazella) étaient très représentées sur la péninsule Byers (voir ci-dessous), mais elles n'ont pas massivement re-colonisé la zone, malgré la récente expansion rapide de la population dans d'autres parties de l'Antarctique maritime.
Particularités historiques
Suite à la découverte des îles Shetland du Sud en 1819, une campagne intensive de chasse aux phoques dans la péninsule Byers entre 1820 et 1824 a exterminé presque toutes les otaries à fourrure de l'Antarctique et les éléphants de mer du sud présents sur place (Smith et Simpson, 1987). Au cours de cette période, on dénombra en été jusqu'à 200 chasseurs de phoques américains et britanniques vivant sur la côte dans des refuges et grottes en pierre sèche autour de la péninsule Byers (Smith et Simpson, 1987). Des témoignages de leur occupation subsistent dans leurs nombreux refuges, dont certains contiennent encore des artéfacts (vêtements, outils, matériaux de construction, etc.). Plusieurs navires phoquiers se sont échoués près de la péninsule Byers et on retrouve le bois de ces navires le long des rives. La péninsule Byers rassemble la plus grande concentration en Antarctique de refuges de chasseurs de phoques du début du XIXe siècle et de vestiges associés ; ces éléments sont vulnérables aux perturbations et/ou au retrait.
Le nombre d'éléphants de mer et, dans une certaine mesure, le nombre d'otaries à fourrure, a connu une nouvelle croissance après 1860, mais ces animaux ont à nouveau été décimés par une deuxième campagne de chasse qui s'est prolongée jusque vers 1910.
Activités et impacts humains
L'époque moderne des activités humaines dans la péninsule Byers a été largement limitée à la science. Les impacts de ces activités n'ont pas été décrits, mais ils sont relativement légers et se limitent à des éléments tels que les campements, le piétinement (Tejedo et al, 2012 ; Pertierra et al, 2013a), les différents types de balises, les déchets provenant des bateaux rejetés sur les plages (par ex. des bateaux de pêche), les déchets humains et les prélèvements scientifiques. Plus récemment, les impacts d'activités de terrain provenant du campement international (62º39'49.7" de latitude sud, 61º05'59.8" de longitude ouest) entre 2001-2010 ont pu être quantifiés (Pertierra et al, 2013b). Plusieurs piquets de balisage en bois et un flotteur de pêche en plastique ont été trouvés au sud-ouest de la zone lors d'une courte visite en février 2001 (Harris, 2001). Pendant l'été 2009-2010, une étude des déchets sur les plages a été entreprise (L. R. Pertierra, communication personnelle, 2011). La proportion de déchets la plus élevée sur les plages (proportion moyenne sur la longueur de plage) a été trouvée sur la plage Robbery (64 %), suivie de la plage President (28 %) et des plages au sud-ouest de la zone (8 %). Il est probable que ce soit lié à leur exposition au passage Drake (Torres et Jorquera, 1994). La majorité des déchets trouvés sur les trois plages étaient en bois (78 % par nombre d'éléments) et en plastique (19 %), tandis que les déchets en métal, en verre et en tissus étaient plus rares (moins de 1 %). Plusieurs morceaux de bois ont été trouvés, dont certains étaient relativement grands (plusieurs mètres de long). Les éléments en plastique étaient très divers, les plus nombreux étant des bouteilles, des cordages et des bandes. Des flotteurs et bouteilles en verre ont également été trouvés sur les plages.


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Carte 1. - Péninsule Byers, ZSPA n° 126, île Livingston, îles Shetland du Sud, carte de localisation. Encart : emplacement de la péninsule Byers, sur la péninsule Antarctique.


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Carte 2. - ZSPA n° 126 : carte topographique de la péninsule Byers.